Conseiller de vente, les facettes du métier
- 17 juin 2017
- 5 min de lecture

Tu leur dis « bonjour » (du moins t'as intérêt) ou « merci au revoir ». Tu te risques parfois à leur demander une taille ou une référence. Souvent ils te "sauvent la vie", d'autres fois tu les traites d'incompétents. Mais t'es-tu déjà demandé à quoi ressemblait la vie dans la peau d'un conseiller de vente ? Lumière sur ce métier de la mode parfois ignoré, moins "simpliste" et plus passionné qu'on ne pourrait le penser.
Si comme ça, à première vue, en passant devant un magasin presque vide, tu t'es dis en voyant le vendeur tourner en rond, que sincèrement quelqu'un qui attend tel un mort de faim que tu franchisses le palier ça ne te donnait pas du tout envie, ça t'intimidait presque, rassures-toi tout de suite, il est en réalité bien rare, pour eux (on va dire nous), d'avoir des jours si beaux et si paisibles que celui-ci. Bien que les matins chantants des semaines sans soldes, il n'est pas rare de travailler au sein d'un magasin rangé, propre, à la bonne odeur de vaporetto tout chaud ; dès le soleil au zénith ce tableau bien dosé se transforme en course effrénée au rythme parfois un peu trop soutenu - on travaille notre cardio chaque samedi. Alors évidemment, même si l'animation est le maître mot de notre métier et si un peu de cadence permet de réchauffer convenablement nos arrières-trains sous les titres de Justin (Bieber ou Timberlake, au choix) et parce que clairement quand y a personne, on se fait chier, il n'est pas rare de ressortir méconnaissable de ce genre de journée.

Ca c'est quand t'es devenu trop hyperactif après une journée de soldes
Et Justin il a beau être bien sympa mais entendre « Baby baby baby ooooouh » en boucle toute la journée ça finit toujours par taper un peu sur le système voire totalement le désagréger -le système, mais également parce que vous, les clients, aussi adorables que vous puissiez être (ou ne pas être), avez une affreuse tendance à semer le chaos dans un univers au préalable si ordonné par nous-même...
Vendeur multitâches, couteau-suisse

Et toujours là pour mettre l'ambiance !
Hormis l'état de désordre qui croît exponentiellement en fonction du nombre de clients, la vente est un métier effréné qui ne consiste pas simplement à ranger et à accueillir le client. Le conseil revient à répondre aux nombreuses attentes du consommateur à la fois directement et indirectement (non on ne passe pas la serpillière pour notre propre plaisir mais bien le vôtre) suivant une liste fortement non-exhaustive : apporter les articles en cabines, descendre en réserve, répondre aux questions des clients, checker en caisse pour des retours voire des échanges, récupérer les achats en ligne, chanter Baby baby ooooh, trier, étiqueter, passer un coup de balais, réserver des tailles, mettre de côté, accueillir le client, lui sourire, chanter Baby baby ooooh, recintrer en cabines – tu sais le débardeur que t'arrives jamais remettre avec 4 bretelles qui s'emmêlent dans tous les sens et qui te font péter un câble, oui oui, celui-là -, replier les pantalons sur tables, remonter la fermeture éclaire dans le dos de ta robe, faire la chasse aux anti-vols retirés, sourire, chanter Baby baby oooooh, déballer des articles, ranger, enlever des ventes les articles plein de fond de teint, désodoriser les cabines (parce que vous puez des pieds, en fait), dire « comment va la taille ? » et aller chercher une autre taille, parler de cette chaleur insoutenââble, vous proposer des articles, vous porter les vêtements quand vous en avez trop, chanter Baby baby ooooooh et prier pour qu'on change bientôt de disque, retenir les nouvelles collections et leurs emplacement, puis sourire, encore, même si on est en gueule de bois un lundi 2 janvier et qu'on sait pertinemment que ce pantalon taille L tu ne le prendras pas puisque dans deux semaines c'est les soldes. Et malgré tout ça on est au top, tout le temps, du moins on essaie !
Patience est le maître mot

Et voui le prix sur l'étiquette rouge c'est le prix déjà soldé.
Tous les boulots dans la communication sont délicats dans le sens où il faut savoir être agréable et cela dans n'importe quelle situation et devant n'importe quel type de comportement, du plus poli au moins respectueux. C'est à dire qu'il n'est pas rare dans la vente de retrouver un produit sale (et quand je dis sale je ne parle pas seulement du maquillage, mais aussi de traces type rouges sanguinolentes au niveau de l'entre jambe), de récupérer des vêtements dédaigneusement lâchés sur une table, ou même de subir des regards méprisants « t'embête pas à le remettre, la dame va le faire, c'est son travail ». Parce que c'est vrai que vendeur et larbin c'est à peu près la même chose sauf qu'en plus t'as un master insulte gratuite à ton égard. Alors heureusement tous les clients ne sont pas comme ça (merci aux autres, on vous aime) mais d'un point de vue pourcentage totalement subjectif et personnel je dirais qu'on n'est pas loin du quart. Et un quart c'est beaucoup ; alors que si chacun prenait ne serait-ce que 2mn de son temps pour ramasser le chemisier qu'il vient de décintrer par erreur, nous ça nous économiserait bien de l'énergie (alors prenons-nous tous la main et partageons ce savoir faire rare qu'est le ramassage-d'objets-tombés-par-terre dans le but de sauver les vendeurs usés et maltraités). Oui, le client passe en priorité (je n'irai pas jusqu'à dire qu'il est roi) mais à l'inverse les conseillers ne sont pas esclaves, ils ne sont pas à plaindre, ils aiment ce qu'ils font et n'ont pas besoin de commentaires dénigrants de type « fait des études sinon tu finiras vendeur comme le monsieur » parce qu'autant tu peux avoir un master 2 en économie de l'entreprise doublé d'une licence en science politique et sociale avec surplus DES en gynécologie-obstétrique et malgré tout prendre ton pied dans le milieu de la vente ; et grand bien t'en fasse ! Après on relativise : les petites histoires pénibles c'est bien aussi, c'est pour ça qu'on les supporte, sinon qu'est-ce qu'on aurait à raconter le soir en rentrant du travail ? Pas grand chose...
On aime ça

Oui c'est une passion. Un bon conseiller est quelqu'un qui apprécie son produit et qui le connaît. Malgré tous les désavantages que l'on peut rencontrer en travaillant et qui rendent le métier parfois difficile à gérer, si on reste à votre disposition c'est aussi qu'on aime ça. La vente est l'envie de partager un avis, de mettre en avant des détails, de conseiller sur une tendance ou des nouveautés. C'est aussi un échange, une compréhension de la personne et de son style, comprendre sa morphologie, ses goûts, ses attentes. Accepter ses arguments et essayer de remédier aux critiques, de trouver des solutions. Les personnes ne viennent pas toujours avec une idée précise, beaucoup demandent conseils et pas uniquement en cabine, cherchent une tenue pour un événement, un accessoire ou encore un motif qui va mettre en avant un article personnel. Les vendeurs n'ont pas souvent pour objectif de ''faire acheter'' et n'ont pas toujours d'intérêt à vous vendre un produit qui ne vous correspond pas (postes conventionnés mis à part), ils sont là pour aider et conseiller du mieux qu'ils peuvent afin de vous voir satisfaits et conquis de votre achat et être ainsi fiers d'avoir pu participer à un de vos choix vestimentaire.
Le métier de conseiller en vente peut être parfois sous estimé, souvent rabaissé, selon la hauteur d'esprit de la personne, mais ça reste un beau métier qui consiste à faire le lien entre une marque et ses consommateurs et qui vient souligner les articles en leur donnant un sens et en les ajustant aux personnes et à leur style, et comme tous les métiers, ce n'est pas toujours évident, ni donné à n'importe qui, ça demande de l'efficacité, de la sociabilité, de la prise sur soi, de la patience et surtout, vous l'aurez compris : de la passion !

Couverture : Confession d'une accro du shopping
Gif : Giphy.com
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